29 octobre 2012

La peur du ciel !

Acte 2

Ouf, Je viens d’avaler les 22 tours d’escaliers de mon appartement d’un trait. Plus concrètement c’est ma façon à moi finalement de faire mon sport quotidien ; encore que l’ascenseur de notre ‘’tour’’ a lâché depuis plusieurs jours. Sport ! Oui, car c’est bien ce à quoi ressemble chaque montée et descente ici à Alexandrie. Comme aucun de mes colocataires ne semblent se préoccuper de cette panne, alors, moi non plus je ne me fais pas de soucis. De toute façon, ce ne sont pas les quelques mots de mon arabe qui me suffiraient à crier mon ras-le-bol.

Ce qui m’inquiète le plus c’est la nuit. Le seul moment où je reste dans mon appartement.

Ce soir, c’est sûr, et j’en suis presque certain, je ne dormirai pas sur mes lauriers. L’actualité ne me laisse pas le choix. Je suis bien à Alexandrie, une ville où les maisons s’écroulent comme un château de cartes et j’ai bien des raisons de m’inquiéter. Bon j’exagère ! Mais il faut bien noter que ce sujet trottine dans toutes les têtes. Le 15 Juillet dernier, comme une traînée de poudre, la nouvelle de l’effondrement d’un immeuble de 11 étages, a vite fait le tour de la ville millénaire, relançant ainsi le débat de la vétusté de la plupart des immeubles d’Egypte. On déplorait onze morts et de nombreux blessés graves.

Une situation préoccupante pour les responsables égyptiens qui n’ont pas anticipé l’explosion démographique de la ville millénaire. Située sur la méditerranée,  Alexandrie est une cité idéale pour de nombreux égyptiens qui tentent ‘’d’échapper’’ aux affres du désert et de s’offrir un climat méditerranéen avec une belle vue sur la mer. Au-delà de sa position stratégique, ce sont aussi les installations industrielles et commerciales qui font de cette belle cité un véritable carrefour du moyen orient.

Comment alors loger plus de quatre millions de personnes sur un territoire aussi restreint sans recourir à ces styles d’architecture pointant vers le ciel ?

Trouver une maison de 6 étages est une exception dans la grande cité urbaine d’Alexandrie, un privilège dans mon ‘’petit’’ Lomé. Ah ! ma chère et petite ville qui continue de vibrer au rythme de la qualification des éperviers pour la Coupe d’Afrique des Nations 2013 en attendant de retrouver la poule D avec un grand match en perspective contre une Côte-d’Ivoire au meilleur de sa forme.

Bref, ici les maisons culminent souvent à plus de 10 étages sur des fondations mal préparées à supporter de tels poids. Tiens, Je passe sous silence la baisse de la pression d’eau d’hier, qui m’a empêchée de prendre mon bain. Ne me demandez surtout pas, quelles ont été les mesures d’urgence que j’ai prises à cet effet.

Le plus inquiétant pour moi c’est de constater la fissure naissante entre le huitième et le neuvième étage de l’immeuble voisine à la mienne. Impossible d’alerter une structure publique. Depuis une dizaine d’années les permis de construction de logement ont été mal gérés. Une situation qui a d’ailleurs conduit à l’interpellation de l‘ancien ministre en charge du logement soupçonné de complicité dans l’attribution abusive des licences de construction.

Pour l’heure, ce sont les muezzins qui continuent de rythmer ma vie et celle des habitants d’Alexandrie qui, avec bien plus de ferveur, confient leur sort à la bonté divine. Ils espèrent que les autorités en charge du contrôle et de l’urbanisation se décident à sévir et au besoin, reloger les personnes qui résident dans des maisons jugées dangereuses.

Des prières, il nous en faudra bien plus, car un séisme pareil à celui du 12 Octobre 1992 dans cet environnement où la plupart des maisons sont fragilisées entraînera inéluctablement une catastrophe nationale.

Pour ma part, chaque fois que je grimperai les marches de mon immeuble, je ne perdrais pas de vue que je me rapproche du ‘’ciel’’ dans tous les sens du terme. Un ciel dont j’ai peur pour l’instant.

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